« Pas de bras, pas de chocolat »

le 25/05/2022

Intermèdes-Robinson

Donner tout aux structures qui monopolisent déjà tous les moyens, telle est la logique du soutien des collectivités et des institutions que nous subissons depuis plus de 30 ans. Une étrange logique s'est installée qui affirme que ce qui n'est pas soutenu, tout mouvement qui vient du bas, ne mérite pas de l'être.

L’expression est devenue commune, mais on ne se souvient pas toujours qu’elle provient d’une blague un peu cynique.

Mauvaise blague

En effet, l’histoire « drôle »d’origine mettait en scène un enfant manchot qui se présentait parmi d’autres enfants à une distribution de chocolat. Arrivé à son tour, l’adulte est censé dire cette phrase affreuse , sous couvert d’une certaine logique… « Pas de bras, pas de chocolat! »

En Pédagogie sociale, dans nos rapports avec les institutions, les collectivités, les acteurs engagés dans de nouveaux projets peuvent facilement reconnaître cette même logique à l’œuvre , au travers des discours institutionnels.

La preuve par zéro

A ceux qu’on a déjà privé de locaux (pourtant si nombreux et si souvent vides), on prétextera par exemple l’insuffisance de leur espace disponible, pour refuser telle action, tel dispositif ou telle mesure.

A ceux qui n’ont ni parking, ni place de stationnement réservé, on reprochera les mauvaises relations avec le voisinage grincheux , qui se sent encouragé à remettre en cause le stationnement des véhicules dans leur rue, ou devant leur porte et grille.

A ceux qui visiblement, n’ont pas le soutien concret des collectivités, on discutera toute initiative ou toute légitimité.

A ceux qui ne disposent d’aucune salle , on critiquera leur demande d’accéder à des locaux. Ou on se servira de cet argument pour dire qu’ils ne sont visiblement pas compétents en culture, ou en social, puisqu’ils n’ont aucun équipement.

Nous connaissions cette étrange logique des institutions et collectivités de réserver tous les moyens à ceux qui les ont déjà.

Nous connaissions cette étrange logique qui pousse les institutions à refuser des subventions à ceux qui en ont vraiment besoin.

Effet de tenailles

Mais cette tendance bien ancienne, commune avec tous les porteurs de projets et d’initiatives sociales, va beaucoup plus loin quand elle fonctionne comme une tenaille , quand on la saisit dans s logique profonde: refuser les moyens pour ensuite disqualifier le manque de ressources; refuser les locaux pour obliger celui qui n’en a pas à les revendiquer, et ensuite fustiger cette posture de revendication.

Renvoyer la structure à laquelle on n’accorde rien, à la concurrence avec des petites structures « clientélisées » , qui viendront renforcer le reproche de cette attitude revendicatrice: « Pourquoi vous, et pas tout le monde? »

Le cynisme est à son comble quand on reproche aux structures en Pédagogie sociale d’avoir trop de public, d’avoir un impact , et que cela dérange les structures vides, silencieuses et impeccablement rangées.

La surenchère du vide

Bien entendu cette morale inversée du « Pas de bras , pas de chocolat » est semblable à ce que subissent les millions d’enfants et leurs familles, en situation de précarité.

Depuis le début des années 2000, l’ancienne logique de modération, de compensation des inégalités sociales , culturelles, éducatives, politiques qui fondait notre société, s’est transformée en son contraire: la pénalisation ddes besoins sociaux.

Aujourd’hui les acteurs sociaux sont ouvertement pénalisés, non par simple négligence, ou indifférence , mais justement du fait du contenu social , de leurs actions. Au même moment les opprimés sociaux, sont également pénalisés , du fait même de la situation d’exclusion qu’on vient leur reprocher.

Les dénis, les pertes de droits, s’enchainent les unes aux autres. Si vous n’avez pas de toit, vous ne serez pas considérés comme un habitant, et vous n’aurez pas de droits comme tels. Si vous n’avez pas de revenus, les allocations sont en risque perpétuel d’être suspendues.

Aspirateur social

Une trappe s’est ainsi ouverte au dessous des groupes, des acteurs qui subissent toutes les violences économiques, culturelles, politiques, sanitaires et éducatives. Elle vise à la disparition et l’invisibilisation des parties indésirables de la Société.

Mais il arrive aux machines diaboliques , d’échapper régulièrement au contrôle de leurs créateurs; elles s’emballent et provoquent mille dégâts.

A force de pénaliser les besoins , ils explosent. L’énergie déployée pour dissimuler, contrôler, réduire, épuise toutes les ressources, et rend impuissants ceux qui s’y emploient.

Il n’y a plus d’idée, plus de créativité, plus de réactivité, car justement on a fait taire les forces qui pouvaient apporter du changement.

Les ressources monopolisées par tout ce qui est mort, manquent au moment d’agir et les censeurs n’ont plus les moyens de créer quoi que ce soit.


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